Le comportement alimentaire chez le chat

chat qui mange

Nourrir son chat, est un geste que l’on répète tous les jours sans forcément se poser de questions. Et pourtant, derrière la gamelle se cache un animal dont le comportement alimentaire reste, biologiquement, celui d’un chasseur solitaire de petites proies, il est donc nécessaire pour un chat de manger plusieurs petits repas sur 24h. 

Précision importante : si le comportementaliste spécialiste du chat peut accompagner l’environnement, les rituels et l’enrichissement autour du repas, le vétérinaire (nutritionniste) reste le seul professionnel référent pour établir une ration, diagnostiquer une pathologie ou adapter une alimentation médicale. Les deux approches sont complémentaires.

1. Le chat, un carnivore strict mais pas que !

La domestication du chat est beaucoup plus récente que celle du chien : Une récente étude génétique internationale montre que le chat domestique apparaît en Europe il y a environ 2000 ans . Malgré une très longue histoire de cohabitation avec l’humain, l’anatomie, la physiologie et le comportement du chat sont restés adaptés à un régime carnivore. 

Le chat est un carnivore au sens strict du terme c’est à dire que les produits animaux lui sont indispensables pour couvrir certains de ses besoins nutritionnels comme la taurine, un acide aminé indispensable à sa vision et à son cœur, ne se trouve que dans les tissus animaux. Il en va de même pour l’arachidonique, un acide gras essentiel qu’il ne peut pas synthétiser lui-même et pour la vitamine A sous sa forme active. Mais cela ne signifie pas qu’il doit manger exclusivement de la viande. Il lui faut aussi des fibres, des vitamines et des minéraux ainsi que certains acides gras essentiels.

2. Comment s’alimentent vraiment nos chats ? 

Dans la nature, un chat ne fait pas trois repas par jour : il chasse et consomme de nombreuses petites proies réparties sur 24h, ce qui correspond chez nos chats de maison, à un rythme naturel de 10 à 20 petites prises alimentaires par jour. 

Le fractionnement naturel des repas a une conséquence pratique directe : un chat nourrit en deux ou trois repas par jour est en décalage complet avec sa physiologie. Une distribution en continu (en respectant une dose quotidienne donnée) ou la distribution fractionnée reste plus proche de son mode de vie naturel. Cela permet également de réguler sa satiété.

Un point souvent négligé : le comportement dipsique, c’est-à-dire la prise de boisson. Le chat est un petit buveur, son ancêtre le chat sauvage africain, Felis silvestris lybica, était habitué à tirer l’essentiel de son eau de ses proies plutôt que d’une source stagnante – perçue comme un risque sanitaire. Aujourd’hui, nos chats mangent principalement des croquettes, aliment sec qui ne contient que 8 à 10% d’humidité. C’est pourquoi l’apport de pâtée est un indispensable pour tous les chats au quotidien, celle-ci contient environ 75% d’humidité, de plus elle réduit la densité calorique. Pour l’encourager à boire il est important de séparer la gamelle d’eau de la gamelle de nourriture d’au moins 2 m ce qui augmente significativement sa consommation d’eau. D’autres alternatives sont possibles : installer des petites gamelles d’eau à différents endroits, la fontaine étant une bonne alternative chez les chats qui aiment l’eau en mouvement, le traditionnel verre d’eau fraiche que vous venez de vous servir sur la table ou l’eau du robinet qui coule est aussi très apprécié. 

3. Facteurs internes et externes qui influencent son comportement

Le goût : chez le chat, le goût est indissociable de trois autres facteurs cruciaux : l’odorat (le chat « goûte » d’abord avec son nez), la température (Le chat préfère une nourriture tiède, autour de 38 °C), la texture (croquettes, type de gamelle)

Le chat est insensible au goût du sucre, ce qui signifie que les friandises ou aliments sucrés n’ont aucun intérêt gustatif pour lui. S’il s’intéresse à une pâtisserie, c’est généralement attiré par le gras ou l’odeur du lait/beurre, et non par le sucre.

En revanche, il est sensible à l’amertume, c’est pour cette raison qu’il est extrêmement difficile de donner un médicament amer à un chat. La moindre amertume déclenche une réaction d’aversion forte.

L’expérience : Le chat est sensible à l’effet de monotonie. Il peut délaisser un type de nourriture qu’il consomme depuis très longtemps au profit d’un nouvel aliment. Cette aversion constitue un avantage évolutif, et l’incite à diversifier ses apports en acides aminés et nutriments.

En revanche, les chats sont plutôt néophobes vis-à-vis de nouveaux aliments, On considère qu’un aliment est perçu comme « nouveau » par le chat s’il ne lui a pas été présenté depuis trois mois. C’est d’abord un mécanisme de défense instinctif. C’est pourquoi il est essentiel de présenter au chaton différents aliments lors de la période de sevrage alimentaire.

Le chat est sensible à l’aversion alimentaire induite. S’il a été malade après avoir ingéré un aliment, il peut rejeter cet aliment.

La génétique :  Avant même de naître, le chaton commence son apprentissage gustatif grâce à la mère : ce que mange la chatte durant la gestation traversent la barrière placentaire et le liquide amniotique. Un chaton naît donc déjà « familiarisé » avec les arômes que sa mère consommait régulièrement pendant sa grossesse.

L’effet facilitateur de la mère : Un nouvel aliment présenté en présence de la mère sera accepté beaucoup plus rapidement et spontanément par les chatons que s’il leur est présenté isolément.

4. Chaton, adulte, stérilisé, senior : une alimentation qui évolue avec l’âge

Il est essentiel d’adapter l’alimentation de nos chats suivant leur âge et périodes de vie.

Le chaton est en pleine croissance : ses besoins en protéines, en minéraux et en oméga 3 à chaine longue (comme le DHA, utile au développement cérébral et rétinien) sont nettement supérieurs à ceux d’un adulte. Un aliment « croissance », correctement dosé, accompagne cette phase jusqu’à l’âge adulte, généralement autour de 12 mois. 

Le chat adulte entre en phase d’entretien : l’objectif devient le maintien d’une masse musculaire et d’une condition corporelle optimales, avec une vigilance particulière après la stérilisation, qui réduit les besoins énergétiques d’environ 20 % tout en augmentant souvent l’appétit — d’où l’intérêt d’un aliment formulé en conséquence et d’un suivi régulier du poids.

Le chat senior devient plus vulnérable. On considère généralement qu’un chat devient « mature » vers 7/8 ans, « senior » vers 11 ans, et « gériatrique » à partir de 15 ans. Avec l’âge, la capacité digestive du chat diminue, alors que paradoxalement ses besoins en protéines de haute qualité augmentent, pour lutter contre la fonte musculaire (sarcopénie) fréquente chez le chat âgé. Une alimentation senior mal formulée — trop de phosphore, pas assez d’oméga3 (EPA, DHA)— peut être délétère. La bi-nutrition (association de croquettes et de pâtée) prend ici tout son sens : elle favorise l’hydratation, souvent défaillante chez le chat âgé, tout en préservant l’appétence.

À chaque étape, le rôle du vétérinaire (nutritionniste) est central : lui seul peut objectiver, via un examen clinique et éventuellement des analyses, le moment où il faut réellement changer de formule et vers laquelle s’orienter.

5.Distribuer la gamelle autrement : quand le repas devient un jeu

Un chat d’intérieur qui trouve sa ration déjà servie, sans aucun effort de recherche, est privé d’une part importante de son répertoire comportemental naturel et pré-disposé au surpoids. Une étude de référence publiée dans le Journal of Feline Medicine and Surgery en 2016 sur les distributeurs ludiques (« food puzzles ») a documenté des effets concrets : chez des chats qui réclamaient sans cesse, réveillaient leurs propriétaires la nuit ou « volaient » de la nourriture, ces comportements se sont atténués après l’introduction de puzzles alimentaires, avec dans certains cas une nette diminution de l’agressivité liée à la frustration alimentaire, qu’elle soit dirigée vers les humains ou entre chats du même foyer.

DIfférents types de gamelles ludiques existent : les distributeurs mobiles (balles, Pipolino, que le chat doit pousser ou faire rouler) et les plateaux ou tapis de fouille ou plus simplement la chasse aux croquettes (cela permet une interaction avec l’humain), ou bien un carton avec différents jeux, papiers et croquettes.

Pour l’alimentation humide, les tapis/bols de léchage sont une excellente alternative à la gamelle classique.

Le principe reste identique : recréer un minimum d’effort de recherche pour transformer un repas passif en activité de « chasse » sécurisée. Cette approche est particulièrement pertinente pour les chats en surpoids, ceux qui mangent trop vite, ou simplement pour tout chat qui ne sort pas — c’est-à-dire la grande majorité des chats d’appartement.

Pour introduire ces outils sans créer de frustration, la progressivité est essentielle : on commence avec un niveau de difficulté très facile, avec des croquettes très appétentes, avant de complexifier progressivement.

6. Quelques idées reçues sur le comportement alimentaire 

« Un peu de lait, ça ne peut pas faire de mal. » La grande majorité des chats adultes est en réalité intolérante au lactose, faute d’une quantité suffisante de lactase. Le lait peut donc provoquer des troubles digestifs, même si de petites quantités occasionnelles restent tolérées par certains chats.

« Sans céréales, c’est toujours meilleur. » Des travaux publiés en 2022 et 2023 ont au contraire suggéré que certaines formulations sans céréales favorisent le surpoids et des troubles cardiaques chez les animaux, notamment lorsque les céréales sont remplacées par des ingrédients qui perturbent l’absorption de certains acides aminés essentiels à la fonction cardiaque. Le critère pertinent n’est donc pas l’absence de céréales en soi, mais la qualité globale de la formulation.

« La stérilisation, ça fait grossir, c’est automatique. » La baisse des besoins énergétiques après stérilisation est réelle, elle se gère très bien avec une alimentation adaptée et un suivi de poids.

Conclusion

Nos chats qui sont pour la plupart sédentaires et qui ont un accès limité voire nul à l’extérieur ne s’alimentent pas comme leur ancêtre. Même s’il chasse quelques proies, il ont besoin d’une alimentation adaptée à leur stade physiologique et à leur activité. Cette alimentation doit être peu calorique, respecter le stade physiologique du chat et distribuée de façon à permettre une prise alimentaire lente sur toute la journée.

Sources : 

100 questions, l’alimentation du chien et du chat pour tout comprendre – Pauline Teyssier & Charlotte Devaux

Bien nourrir mon chien et mon chat – Charlotte Devaux

The dispersal of domestic cats from North Africa to Europe around 2000 years ago https://www.science.org/doi/10.1126/science.adt2642