La reproduction chez le chat

reproduction chez le chat

Très différente de la nôtre, la reproduction chez le chat est à l’origine de beaucoup de croyances erronées et de pratiques dépassés que l’on doit combattre pour éviter la surpopulation et les conséquences qui pèsent sur les chatons indésirés.

La puberté chez le chat

Elle peut être extrêmement précoce chez le chat puisque les femelles peuvent avoir des chaleurs dès 4/5 mois et les mâles être aptes à reproduire autour de 6 mois. Il y a une grande disparité selon les individus et les races mais ce qu’il faut retenir c’est que les chaleurs, appelées œstrus, surviendront en fonction de la période à laquelle la femelle est née. [1][2]

 En effet, les chaleurs sont déclenchées par l’intensité et la durée grandissante de la lumière ce qui correspond généralement à l’arrivée du printemps. Ainsi, une femelle née au mois de septembre/octobre pourra avoir ses premières chaleurs en février/mars (4/5 mois) tandis qu’une femelle née en avril/mai ne pourra avoir ses chaleurs qu’en février/mars de l’année suivante (10/11 mois). Pour les chattes vivant en intérieur, ce cycle naturel est perturbé par la lumière artificielle de nos habitats qui fonctionne en permanence et ces dernières sont donc susceptibles d’avoir leurs chaleurs à n’importe quel moment.  [1][3][5]

Attention donc aux chattes qui sortent, même jeunes, ou celles qui vivent avec un chat non castré car une gestation pourrait survenir… Les femelles ne peuvent se reproduire que pendant cette période de chaleurs tandis que les mâles sont aptes à tout moment de l’année dès que la puberté débute.

Comment ça marche ?

Pour reconnaître une femelle en chaleurs, les vocalises et roucoulements répétitifs sont très significatifs mais, et surtout, ils sont accompagnés de frottements sur les meubles et personnes pour déposer des molécules chimiques indiquant leur disponibilité sexuelle. On remarquera également une position « arrière-train en l’air », queue sur le côté et reins creusés appelée lordose.

En période de reproduction dont le pic est entre mai et août, les mâles vagabondent sur leur domaine vital et ceux adjacents en miaulant pour attirer les femelles. Si deux mâles se rencontrent, un conflit pourrait survenir et les bagarres qui en découlent peuvent être extrêmement blessantes et mutilantes. Il faut vérifier, même castrés, si les félins ont l’air de s’être battus afin de repérer d’éventuels abcès.

Les accouplements chez les chats sont très codifiés, ils sont précédés d’une approche plus ou moins lente du mâle vers la femelle, avec des vocalises ou roucoulement puis le mâle attrape la femelle avec ses dents par le cou puis l’immobilise avec ses pattes arrières pendant quelques secondes à quelques minutes. Le coït en tant que tel est très rapide et il est conclu par une sorte de cri/feulement puissant de la femelle provoqué par le frottement des picots érectiles placés sur le pénis du mâle. Cette étape a pour but de déclencher l’ovulation dans les 24 heures qui suivent grâce à l’hormone Lutéinisante (LH).

En effet, contrairement à l’humain, l’ovulation n’est pas spontanée et mensuelle mais sera déclenchée uniquement par une stimulation vagino-cervicale. Et chaque coït déclenchera une nouvelle ovulation d’un ou plusieurs ovules : ceci explique pourquoi chez les chats, il peut y avoir autant de pères que de saillies ! [1][4]

Des chatons par milliers…

Plusieurs géniteurs sont donc possibles sur une seule portée ce qui entraînent une grande variété de couleurs et motifs de robe et parfois cela peut être déroutant : la mère est noire et elle a des petits roux, bleus, gris, avec des taches blanches ou non, des marbrures ou des rosettes… Cela a un fort intérêt dans la reproduction de l’espèce grâce au brassage génétique que cela engendre.

Oui mais, en théorie, une chatte peut avoir jusqu’à 4 portées par an d’environ 4 chatons en moyenne ce qui nous donne 16 chatons à l’année. Sur les 16, imaginons qu’il y ait 8 femelles ayant elles-mêmes 4 portées l’année qui suit : 128 chatons de plus. Encore la moitié de femelles et l’année suivante : 1024 chatons naîtront…  [2][6]

Ainsi, nous pouvons aisément comprendre qu’il s’agit presque d’un devoir moral que de stériliser (femelle) ou castrer (mâle) son chat lorsque celui-ci n’est pas destiné à la reproduction. Il faut avoir en tête que les chatons seront avec leur mère pour 3 mois minimum quand cela est bien fait : avant, le chaton ne sera pas correctement sevré. Pour rappel, il ne faut pas confondre la diversification alimentaire qui intervient vers les 3-4 semaines du chaton avec le sevrage affectif et éducatif qui ne sera effectif qu’à ses 3 mois minimum. Séparé un chaton de sa mère et sa fratrie avant cette période pourraient entraîner une gestion émotionnelle faible et des capacités d’adaptation fragiles induisant potentiellement des comportements non souhaités par les adoptants humains. [2] [11][14][15] [9][13]

Castration / stérilisation

La castration et la stérilisation sont effectués par le vétérinaire afin de prévenir les reproductions indésirées mais est-ce là le seul intérêt ?  [2][4]

Un animal « entier » qui ne pourraient produire les comportements de reproduction liés aux hormones sexuelles entraîneraient des manifestations comportementales tels que l’exacerbation des marquages urinaires chez les mâles et les femelles, griffades du mobilier, conduites agressives de libération des tensions, bagarres entre congénères… [10][16][11]

Il faut balayer également l’anthropomorphisme portant sur le désir de maternité ou la virilité des petits félins. Ce sont des considérations d’humains et des projections cognitivement inaccessibles aux animaux. La reproduction est instinctive et guidée par les hormones sexuelles. [11]

La castration : opération simple et rapide, elle consiste en l’ablation des testicules du chat mâle.

La stérilisation partielle : l’ovariectomie, consiste en l’ablation des ovaires. Elle supprime les chaleurs.

La stérilisation totale : l’ovario-hystérectomie, consiste en l’ablation des ovaires et de l’utérus. Cette chirurgie est complète bien que plus lourde que la précédente. Elle supprime également les chaleurs.

Enfin, et pour les personnes qui souhaiteraient faire stériliser/castrer leur chat mais qui auraient des difficultés à financer l’acte, il existe plusieurs solutions. En effet, le petit félin peut être emmené dans les écoles vétérinaires où le tarif est réduit. En outre, la prise de contact est possible avec des associations ou refuges qui peuvent avoir des tarifs attractifs auprès des vétérinaires.

Il est à noter que des débats existent quant aux bienfaits de la stérilisation, à l’âge auquel elle peut être effectuée. Il faut en parler avec le vétérinaire traitant de l’animal qui éclairera sur le consensus actuel et saura rassurer sur l’acte chirurgical et ses conséquences. [1][4][6] [8][12]

Article rédigé par Gwendoline le Peutrec Redon

Références scientifiques

[1] Johnson AK. Normal feline reproduction: The queen. Journal of Feline Medicine and Surgery. 2022.

[2] Fontbonne A. Reproduction of Domestic Cats in Laboratories, Catteries, and Feral Colonies: A Review. Topics in Companion Animal Medicine. 2023. Lien vers l’article

[3] Schäfer-Somi S. Effect of melatonin on the reproductive cycle in female cats. Journal of Feline Medicine and Surgery. 2017.

[4] Barnes J & Vansandt L. Estrous cycle manipulation in cats. Clinical Theriogenology. 2024.

[5] Silva et al. Effect of artificial light in the female domestic cat reproduction. Animal Reproduction Science. 2023.

[6] Schäfer-Somi S. Establishment and Maintenance of Feline Pregnancy—A Comprehensive Review. Animals. 2025.

[7] Tsutsui T. Physiology of reproduction in the queen. Journal of Reproduction and Development. 2022.

[8] Root Kustritz MV. Effects of surgical sterilization on canine and feline health and on society. Reproduction in Domestic Animals. 2019.

[9] Levy JK et al. Long-term welfare concerns and reproductive control in free-roaming cats. Animals. 2020.

[10] Buffington CAT. Social and environmental factors affecting feline behavior. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice. 2018.

[11] Overall KL. Clinical Behavioral Medicine for Small Animals. Elsevier.

[12] Mendoza-López et al. Early-age gonadectomy in cats: benefits and controversies. Animals. 2023.

[13] Sparkes AH et al. ISFM Guidelines on population management and welfare of cats. Journal of Feline Medicine and Surgery. 2022.

[14] Case LP et al. The Cat: Its Behavior, Nutrition & Health. Wiley-Blackwell.

[15] Karsh EB & Turner DC. The Human-Cat Relationship. Cambridge University Press.

[16] Hart BL & Hart LA. Feline behavior and the effects of neutering. Journal of the American Veterinary Medical Association.